LE SCAN POLITIQUE - Officialisé cet après-midi, le départ
de l'ambitieux ministre de l'Économie, qui va se consacrer à son projet
présidentiel, vient solder l'escalade des tensions qui l'opposaient à Manuel
Valls et François Hollande.
Pendant que certains faisaient leur rentrée, d'autres
préparaient leur départ. Tandis que les socialistes pro-Hollande se
réunissaient lundi à Colomiers (Haute-Garonne) pour défendre le bilan du
quinquennat, Emmanuel Macron peaufinait quant à lui les contours de sa
démission: annoncée à répétition depuis plusieurs mois, réclamée par ses
soutiens politiques, l'émancipation d'Emmanuel Macron se concrétise ce mardi.
Selon plusieurs sources concordantes, le ministre doit rencontrer François
Hollande à 15h pour lui remettre sa lettre de démission, prête de longue date.
Une décision prise ce lundi, selon son entourage. Ces
derniers jours, Emmanuel Macron a demandé à ses fidèles de garder le silence.
«Tout le monde vous appelle pour demander la date de mon départ, ne répondez
pas aux journalistes. C'est moi qui prendrai cette décision et moi seul»,
assurait-il. Les soutiens du ministre, députés et sénateurs, doivent se
retrouver mercredi matin à l'Assemblée nationale pour établir un plan de
bataille. C'est avant tout pour se consacrer à son mouvement En Marche!, dans
la perspective de la campagne de la présidentielle qui s'annonce, que le
locataire de Bercy reprend sa liberté. Pas question pour autant de se déclarer
tout de suite candidat, affirme ce mardi le journal Les Échos: Macron, qui veut se consacrer à son
programme, rêve de se voir appeler en recours plutôt que d'apparaître comme «le
Brutus» de François Hollande.
Macron profite de l'isolement de Valls
Celui qui était simple conseiller du président il y a encore
deux ans a cependant su capitaliser sur la très faible popularité du couple
exécutif, en s'imposant dans les esprits comme le candidat de recours possible
de la gauche réformiste. Une position renforcée par ces derniers jours par
l'isolement de Manuel Valls, critiqué jusqu'au sein de son gouvernement pour
ses positions sur le scandale du burkini, et en difficulté dans les sondages.
Au sein de la majorité, l'hypothèse de voir le premier ministre reprendre le
flambeau en cas de désistement du président ne fait plus l'unanimité. «Dans
l'instant présent, et cela ne préjuge pas de l'avenir, Valls ne peut plus
susciter cet enthousiasme que déclenche Macron», assénait le maire de Lyon
Gérard Collomb, ancien soutien de Manuel Valls converti à Macron, le 28 août
dans Libération. Une position d'étoile montante qui a valu
au ministre une certaine animosité de ses collègues, et qui a fini par étioler
la bienveillance du président Hollande. Le reportage
estival de Paris Match notamment, serait mal passé à
l'Élysée. La
visite du trentenaire à Philippe de Villiers au Puy du Fou cet été n'a pas non plus été appréciée.
Tant de fois annoncée et jamais engagée, cette démission
n'est donc pas une surprise. «On est comme dans un film: les boîtes à
chaussures sont prêtes, on attend plus que le jour où on nous demandera de
faire nos cartons», affirmait son très proche entourage auprès du Scan dès le
mois de mai dernier. Pourtant, le programme d'En Marche! n'est pas encore
finalisé, et la venue du jeune ministre était annoncée au Medef pour ce
mercredi 31 août. Interrogé dans Les Échos le
27 août, Emmanuel Macron, qui est attendu mercredi à l'université d'été du
Medef, martelait encore sa volonté de «travailler au service du pays»... Mais
en soufflant le froid et le chaud comme à son habitude, il instillait aussi
l'idée d'un départ prochain en martèlant sa promesse de dresser un bilan sans
concessions du quinquennat Hollande, quitte à prendre «ses responsabilités»
plutôt qu'à renoncer «à sa capacité à faire un diagnostic et des propositions».
L'occasion d'annoncer: «Je vais construire et faire avancer une offre
progressiste, pour qu'elle gagne en 2017».
source : le Figaro